Cimetière de l'Est

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Joseph BOUSSIN

 - © archives départementales d'Ille et Vilaine

1922-1942

Résistant
Cimetière de l'Est
Section 19C Rang 1 Tombe 9

Joseph Boussin est né à Fougères le 10 avril 1922. Il est l'ainé d'une famille de sept enfants, et passe son enfance à Rennes, fréquentant notamment l'école primaire Sainte-Anne. Plus tard, en octobre 1936, il entre à l'Arsenal de Rennes, grand atelier de construction, en tant qu'ajusteur. Il devient également membre du Parti Communiste Français, qui sera condamné à la clandestinité en 1939, quand Staline signera le pacte de non-agression avec Hitler.

Joseph Boussin et Alphonsine, qu'il épousera en juin 1941, vont dès le début de la guerre être actif dans la résistance communiste. Ils distribuent des journaux clandestins, et auraient caché chez eux Louis Coquillet, responsable des jeunesses communistes, alors en fuite en septembre 1941. Joseph, au-delà de son rôle actif dans la propagande antiallemande, participe aussi aux actions militaires du Parti Communiste, organisées à l'époque par l'OS, Organisation Spéciale de Combat, qui a pour but de récupérer des armes et de saboter, d'intimider par diverses actions les nazis et les collaborateurs, et de protéger les militants communistes qui sont, en période de guerre, hors la loi. C'est en tant que membre de l'OS que Joseph Boussin participe, en juillet 1941, à une série d'actions lors de la venue à Rennes du ministre vichyste Borotra : inscriptions antiallemandes au vélodrome, drapeaux français accrochés en évidence, attentats contre les bureaux d'organisations collaborationnistes de Rennes. À la même période, le domicile de Joseph et d'Augustine devient le lieu de rendez-vous des responsables de ce mouvement de résistance. 

Fin 1941, pour une meilleure efficacité de la Résistance, une nouvelle organisation voit le jour : le Front National de Lutte pour la Libération et l'Indépendance de la France. Joseph Boussin y adhère immédiatement. Et le 19 avril 1942, il participe à un attentat visant Jacques Doriot, un collaborateur responsable du Parti Populaire Français, dans le théâtre de Rennes rempli pour sa venue à Rennes. L'attaque ne fait aucun mort, juste un blessé léger.

Joseph Boussin finira par être arrêté le 31 juillet 1942, comme son épouse, lors d'une grande période de répression menée par la police allemande. Il est interné à la prison Jacques Cartier jusqu'à son procès, mené par le Tribunal Militaire Allemande FK 748, dans le Palais de Justice de Rennes, le 15 décembre 1942. Il n'est pas le seul jugé : en tout, ils sont 30. Leur avocat tente de limiter leur peine, précisant que leurs actions à tous n'ont fait que des dégâts matériels et aucune victime n'est à déplorer. Joseph Boussin est plus précisément accusé d'avoir distribué des tracts, utilisé son domicile pour des réunions clandestines, incorporé de nouvelles recrues dans son groupe de résistants, et participé à des attentats.

Le 22 décembre 1942, la sentence tombe : en guise d'exemple, Joseph Boussin et 24 autres hommes sont condamnés à mort. C'est une sentence très dure, et bien que beaucoup de rennais, notamment le maire, tentent de l'alléger, rien n'y fait. Le président du tribunal allemand se justifie : "Les peines qui sont prononcées serviront à la population française, puisqu'elles éviteront à l'avenir de nouveaux attentats".

Le 30 décembre 1942, jour de l'exécution, les 25 résistants quittent la prison par camion cellulaire, jusqu'au stand de tir de la Maltière à Saint Jacques de la Lande. Sur la route, ils auraient chanté la Marseillaise, tous ensemble, pour ne pas se laisser aller. Ils furent ensuite exécutés, trois par trois, de 9h15 à 10h20. Joseph Boussin est fusillé à 10h08. Comme les autres, il sera sommairement enterré au cimetière de Saint Jacques, jusqu'à ce que leurs corps soient récupérés à la Libération, pour des obsèques officielles en janvier 1945 et la mise en place d'une chapelle ardente au Palais de Justice, à l'endroit même où ils furent condamnés. Leurs dépouilles furent ensuite inhumées au Cimetière de l'Est de Rennes.

Alphonsine, l'épouse de Joseph, fut condamnée à 15 mois de prison et déportée en Allemagne, avant d'être finalement libérée en décembre 1943.